
CHAPITRE TROIS
Dans ce chapitre, nous examinons les éléments de conception essentiels d’une politique de prix pour le carbone pour le Canada. Il importe de préciser d’entrée de jeu que l’enjeu est beaucoup plus complexe qu’une simple décision entre un système de quotas et d’échange et une taxe sur le carbone; en effet, il faudra plutôt concevoir une politique de prix pour le carbone qui permettra des réductions au moindre coût à long terme sans oublier l’atteinte des cibles de réduction des émissions du gouvernement. Pour assurer ces réductions à long terme, nos recherches ont abouti à la conclusion qu’il faut absolument porter attention aux incertitudes. La conception de la politique de prix pour le carbone doit donc pouvoir être adaptée en fonction de nouveaux renseignements et de nouvelles situations tout en gardant la voie de la réduction des émissions. Ces constats nous mènent à deux observations importantes pour la conception de la politique, dès le départ :
Pour atteindre les cibles de réduction fixées au moindre coût global possible, la politique doit couvrir toutes les émissions, dans la mesure du possible. Ce besoin exige la mise en place d’une politique de prix pour le carbone unifiée qui tient consciemment compte de toutes les émissions dans tous les secteurs et toutes les administrations. À défaut de cela, nous croyons que le coût de l’approche fragmentée actuelle à la politique de prix pour le carbone actuelles au Canada, c’est-à-dire la fragmentation de politiques sur les GES de secteurs particuliers et de différentes administrations, qui transmet différents prix pour divers types d’émissions de carbone, ne fera qu’intensifier les impacts indésirables. Les coûts globaux augmentent, et la capacité d’atteindre nos objectifs en matière de GES diminuera tant que les politiques climatiques fragmentées actuelles resteront en place. La présente note d’information a comme principale conclusion que les coûts de politiques climatiques fragmentées sur toutes les émissions et dans toutes les administrations sont inutilement élevés et que l’approche actuelle sera un obstacle à l’atteinte de réduction des émissions importantes et à long terme, à un coût raisonnable.
Pour contourner ce risque de fragmentation, nos recherches permettent de suggérer que la politique de prix pour le carbone privilégiée doit d’abord chercher à transmettre un signal de prix pour le carbone commun pour toutes les émissions et toutes les administrations à l’aide d’un seul instrument de prix, et ensuite chercher à élargir la couverture à toutes les émissions dont la gestion au moyen d’un prix pour le carbone à lui seul serait non pratique. Enfin, la politique doit cadrer avec celles de nos principaux partenaires commerciaux et chercher à contrôler les coûts de mesures internes et à trouver des occasions de diminuer les coûts de la réduction des émissions de carbone à l’étranger.
Le coût du carbone est le principal modulateur de réductions des émissions rentables; Pour que l’élément d’établissement d’un prix pour le carbone de la politique soit rentable, trois objectifs sont cruciaux. Les prix pour le carbone devraient être :
Harmoniser le prix pour le carbone pour concrétiser les réductions nécessaires à l’atteinte des cibles
Le principal avantage de l’établissement de prix pour le carbone est qu’il signale que le carbone a une valeur et qu’il faut le gérer. Le prix pour le carbone signale le degré d’action que la politique demande, et les décisions qui visent à changer les comportements et à investir sont prises en conséquence. Cependant, le fait que le signal de prix ne correspond pas aux cibles établies est une faiblesse qui caractérise la plupart de nos politiques de prix pour le carbone fédérales et provinciales actuelles. Cet écart entre ce qui est requis pour atteindre les cibles et ce qui stimule les décisions en matière de technologie mène à la fois à des résultats qui ont des coûts élevés, puisque les technologies choisies ne tiennent pas compte des prix pour le carbone qui augmentent avec le temps, ni du risque de ne pas atteindre les cibles, puisque les technologies choisies ne correspondent pas aux cibles.
Le premier élément de notre politique consiste à définir les prix pour le carbone requis pour atteindre les cibles de 2020 et de 2050 du gouvernement. Nos recherches laissent entendre que des prix pour le carbone pour l’ensemble de l’économie devront augmenter à 100 $8la tonne d’éCO2 d’ici 2020 et jusqu’à 300 $ la tonne d’éCO2 d’ici 2050 pour enclencher le changement de comportement et le lancement de la technologie qui sous-tendent l’atteinte de réductions importantes (Figure 2). Il convient de noter cependant que, pour contrôler les coûts internes et améliorer la rentabilité de la politique de prix pour le carbone (un de nos deux principaux buts), il faudra établir un plafond supérieur pour le prix pour le carbone, soit à 200 $ la tonne d’éCO2 en 2025. Étant donné le nouveaux prix inférieur pour le carbone, les mesures internes ne suffisent pas à atteindre les cibles de réduction des émissions. D’autres mesures devront donc être prises.
Uniformiser les prix pour le carbone pour toutes les émissions et administrations
Le besoin de couvrir toutes les émissions, dans tous les secteurs et toutes les régions, est absolument essentiel pour équilibrer les coûts tout en atteignant les cibles de réduction. Un autre élément essentiel consiste à harmoniser le prix pour le carbone dans tous les secteurs de l’économie. D’une manière pratique, cela signifie que des exclusions propres à certains secteurs devraient être évitées, en vue d’uniformiser le prix pour le carbone à grande échelle et de l’appliquer à toutes les émissions de l’inventaire des GES du Canada. Cependant, la tendance actuelle qui semble prévaloir dans les politiques sur les GES fédérales, provinciales et même internationales est d’exclure les émissions perçues plus difficiles sur le plan politique.
Nos recherches indiquent que les grands émetteurs industriels9ont tendance à payer un prix pour le carbone, tandis que le secteur des transports et de l’industrie légère, les ménages et les bâtiments demeurent en quelque sorte exemptés, malgré qu’ils soient à l’origine de quantités importantes d’émissions. L’exclusion de ces émissions prend habituellement la forme de prix différentielspour le carbone, où les prix sont soit peu élevés, entièrement absents ou ciblés au moyen d’une politique technologique de portée restreinte. Cependant, à mesure que le Canada hausse des prix pour le carbone pour faire le parallèle avec les cibles de GES, deux grands risques se présentent si cette tendance se maintient :
Un prix pour le carbone appliqué à large échelle, cependant, permet des réductions uniformes pour toutes les émissions. La figure 3 montre les émissions de divers secteurs et régions « avant la politique ».
La figure 4 montre les contributions relatives des réductions des émissions en 2020 pour toutes les émissions au Canada selon le tableau des prix, tel qu'illustré à la figure 2. Bien que la figure ci-dessous semble indiquer que l’Alberta et l’Ontario apportent des réductions disproportionnées par rapport aux autres régions, en fait, toutes les régions et tous les secteurs apportent environ les mêmes réductions en réaction au prix pour le carbone général en comparaison avec leurs émissions totales, sans politique de prix pour le carbone unifiée.
Si la question de l’unification de la politique de prix pour le carbone pour tous les secteurs et émetteurs est importante, la question des politiques fragmentées entre les administrations illustre l’importance d’unifier la politique à cet égard également. La montée d’une mosaïque fragmentée des prix pour le carbone qui s’observe maintenant au Canada pose des risques (1) d’entraîner des coûts considérablement plus élevés pour les émetteurs si l’on veut atteindre les cibles et (2) que les coûts globaux demeureront trop bas et que les cibles ne seront pas atteintes.
Pour quantifier le risque, nous avons examiné les impacts sur les coûts dans chaque région du Canada qui tente d’atteindre les objectifs nationaux de réduction par elle-même. Nous avons déterminé les prix requis pour les émissions dans chaque région si elle veut réduire ses émissions selon l’objectif établi du Canada, soit 20 % en dessous des niveaux actuels d’ici 2020 et 65 % d’ici 2050. Nous avons également découvert que les prix du carbone devraient augmenter de 25 % au-delà du prix unifié, en plus d’augmentations aux coûts en capital et de fonctionnement et des dépenses énergétiques, soit 45 % plus cher en 2020 et 25 % par la suite (Figure 5). Nous avons aussi découvert que les coûts de la part de l’atteinte des cibles de réduction des émissions du Canada dans certaines administrations, notamment la Colombie-Britannique et l’Alberta, seraient beaucoup plus élevés si ces provinces devaient agir seules. En Alberta, par exemple, les prix pour le carbone, selon notre évaluation, devraient augmenter de 300 % au-delà des prix de la trajectoire selon le scénario « rapide et important » en 2020 et de 175 % par la suite si on conservait une politique fragmentée sans lien à un système national unifié. En termes d’impacts économiques, les coûts de la diminution du PIB rattachée à la fragmentation par rapport à une politique unifiée efficace sont 7 % plus élevés que l’approche unifiée en 2020, 20 % en 2035 et 7 % en 2050.
Unifier les prix pour le carbone au moyen d’un unique système de quotas et d’échange national
La question centrale de la conception de la politique de prix pour le carbone consiste à choisir un instrument de politique d’établissement des prix. Dès le départ, la TRNEE a déterminé qu’au cours de la conception d’une politique de prix pour le carbone efficace, elle ne se contenterait pas de choisir entre deux grands instruments : taxes sur le carbone et systèmes de quotas et d’échange. Chacun d’eux offre un avantage que la politique de prix pour le carbone cherche à obtenir, soit la certitude du prix au moyen de taxes sur le carbone et la certitude de la réduction des émissions au moyen des quotas et de l’échange. Autrement dit, l’un d’eux offre une certitude quant à l’établissement de prix tandis que l’autre confère une certitude quant à l’établissement de la quantité. En réalité, les approches d’établissement des prix (taxes) peuvent se jumeler à des approches d’établissement des quantités (quotas et échange), à mesure que nous gérons des compromis entre les deux. La figure 6 brosse un portrait national des instruments d’établissement des prix au Canada existants et proposés, instruments qui ne sont ni une taxe sur le carbone intrinsèque ni un système de quotas et d’échange intrinsèque; il s’agit plutôt du résultat d’une fusion d’aspects de chacun d’eux en vue d’atteindre les buts de la certitude des prix et de la certitude de la quantité des émissions.
Cet aspect a d’importantes implications pour l’instrument de politique que la TRNEE recommande selon ses recherches. Il laisse entendre que la politique du prix pour le carbone doit comprendre des éléments qui permettent le contrôle des coûts (donc certains aspects d’une taxe) et d’autres qui permettent de réduire les émissions jusqu’à des niveaux qui correspondent aux cibles de réduction des émissions établies (donc certains aspects d’un système de quotas et d’échange). Toute politique de prix pour le carbone doit donc intégrer des éléments de conception des deux voies pour stabiliser les coûts dans une échéance prévisible tout en réduisant les émissions à des niveaux qui correspondent aux cibles établies.
Nous devions tout de même trancher sur un mécanisme principal pour l’établissement de prix pour le carbone. En ce qui concerne la recommandation de la TRNEE d’un unique système de quotas et d’échange national pour le Canada, deux facteurs ont influé sur sa décision :
Cependant, ce choix d’un système national de quotas et d’échange amène son lot de problèmes. Le Cadre réglementaire fédéral repose sur un système national de quotas et d’échange pour les grands émetteurs, qui représentent 51 % des émissions de l’économie. Une première question se pose, soit celle de savoir comment intégrer la part 36 % des émissions issues des bâtiments, des ménages, du transport et de l’industrie légère avec un unique système de quotas et d’échange national10. Le temps requis est une autre question. Les taxes sur le carbone ont pour avantage un concept et une mise en œuvre relativement simples. La deuxième question consiste donc à savoir comment mettre sur pied un unique système de quotas et d’échange national.
Pour l’avenir, notre travail consiste à concevoir une politique de prix pour le carbone qui fait l’équilibre entre ces tensions concurrentielles. Dans le cas qui nous intéresse, il s’agit de recommander un unique programme de quotas et d’échange pour toutes les émissions et administrations, assorti d’échéances fermes pour la mise en œuvre. Un quota national pour les émissions serait établi pour l’ensemble de l’économie. Les grands émetteurs seraient visés par une partie de ce quota national, et le reste de l’économie serait quant à lui visé par l’autre partie. La partie sur les grands émetteurs viserait les émissions réelles et comprendrait donc les émissions fugitives et celles rattachées à la production, et établirait un signal de prix pour la capture et le stockage du carbone. Le reste du quota, appliqué au reste de l’économie (bâtiments, transports et industrie légère) serait réparti selon la teneur en carbone du combustible dont ces consommateurs d’énergie en font l’achat.
Le système unique national permettrait l’échange entier de droits entre les grands émetteurs et la balance des émissions dans l’économie avant 2015. Cette option satisfait aux critères de la rapidité, de la couverture et de l’unification du prix pour le carbone d’ici 2015. L’inclusion d’un plancher et d’un plafond pour les prix des allocations que nous exposons plus loin dans le rapport assurerait la certitude du prix (limite supérieure sur les coûts éventuels) tandis qu’un quota sur les émissions assure la certitude des quantités. Cependant, un tel système, qui englobe les secteurs non industriels, devrait être mis en place dès que possible pour réduire les coûts au minimum et nous placer sur le tracé des réductions à faible coût pour unifier les prix entre toutes les administrations au plus tard en 2020 et atteindre les cibles à moyen terme du gouvernement.
D’ici 2050 et notre recherche ultérieure qui a mené au présent rapport montrent que l’établissement d’un prix pour le carbone est la mesure unique la plus rentable pour favoriser l’adoption de la technologie visant la réduction du carbone au Canada. Toutefois, notre recherche illustre également qu’un prix pour le carbone à lui seul est insuffisant en raison des obstacles du marché dans certains secteurs de l’économie et d’une réticence de la part du gouvernement, entre autres, d’imposer des augmentations marquées du prix pour le carbone, particulièrement à court terme. Il faudra soutenir l’innovation, l’adoption et le déploiement de la technologie étant donné le besoin d’un d’envergure des technologies à faibles émissions de carbone requises en vue d’atteindre les objectifs de 2020 et de 2050 du Canada.
Puisqu’un prix pour le carbone en tant que tel n’atteint pas nos cibles de réduction des émissions, nous devons examiner les autres règlements complémentaires et les politiques technologiques afin d’améliorer l’efficience et l’efficacité de la politique de tarification du carbone. Deux types sont nécessaires – le premier en vue de s’assurer que toutes les émissions sont ciblées, et le second dans le but de traiter des questions précises relatives aux obstacles en matière de technologie qui empêchent les signaux de prix pour le carbone.
Le prix pour le carbone est beaucoup moins efficace à lui seul dans les secteurs clés du transport, des bâtiments, du pétrole et du gaz en amont et de l’agriculture. Notre recherche et notre analyse révèlent qu’en couvrant ces émissions avec des politiques complémentaires, d’autres réductions peuvent être accomplies, tout en réduisant les coûts totaux de la lutte antipollution. En modélisant des politiques complémentaires permettant d’étendre la couverture du signal de prix, le prix national pour le carbone a été réduit d’environ 30 %, de 300 $ la tonne à 200 $ la tonne éCO2 pour atteindre le même objectif11. En effet, les possibilités de lutte antipollution les plus coûteuses ont été évitées dans le contexte de l’élément d’établissement d’un prix pour le carbone de la politique lorsque les règlements ont élargi la couverture.
De nombreuses possibilités visant l’élaboration de politiques complémentaires ont déjà des précédents au Canada : des règlements liés au captage et à l’utilisation du gaz d’enfouissement sont en place dans plusieurs provinces, tout comme des règlements sur l’efficacité énergétique dans les bâtiments ainsi que le traitement des émissions en amont dans le secteur du pétrole et du gaz. Les précédents qui existent pour la réglementation dans ces secteurs suggèrent que de telles approches sont acceptables sur le plan politique et faisables sur le plan administratif. Un rapport récent de la TRNEE sur l’efficacité énergétique dans le secteur canadien des bâtiments commerciaux intitulé Dans l’engrenage du changement : Efficacité énergétique dans le secteur des bâtiments commerciaux du Canada, indique clairement l’incidence positive des politiques complémentaires relativement à la tarification du carbone.
Le défi est de s’assurer que ces règlements imposent des coûts qui correspondent au prix pour le carbone à grande échelle afin que les coûts liés à toutes les émissions soient unifiés en vertu de la politique de tarification et de la combinaison de règlements complémentaires. Ce faisant, les gouvernements et l’industrie devront résoudre les problèmes difficiles liés aux obstacles institutionnels, financiers, entre autres, dans chaque secteur réglementé. De tels obstacles empêchent l’incidence complète du prix et les obligations réglementaires, augmentent les coûts liés à la conformité et ralentissent le développement de la technologie.
Alors que l’on vise des réductions accrues avec le temps, l’importance de bien élaborer la politique de prix pour le carbone s’intensifie à mesure que des coûts plus élevés sont imposés dans le plus en plus de secteurs de l’économie. Notre recherche révèle qu’il existe un point auquel d’autres mesures nationales ne nous aident pas à atteindre notre but de rentabilité. La raison est simple : les coûts de la lutte antipollution augmentent rapidement à mesure que des réductions plus importantes sont visées.
La figure 7 illustre ce point. Puisque des réductions de plus 45 % en dessous des niveaux de 2006 sont visées, en 2050, le coût marginal pour atteindre notre cible de 65 % augmente de 200 $ la tonne à plus de 300 $ la tonne, et même davantage pour atteindre une cible de 80 %. Cette observation indique qu’aux niveaux cibles visés par le gouvernement fédéral, le coût des réductions augmente plus rapidement que la quantité des réductions d’émissions et chaque tonne réduite coûte plus cher.
Compte tenu des prix pour le carbone augmentant rapidement nécessaires pour obtenir les réductions nationales conformes à nos cibles à long terme, il est sensé d’établir une stratégie qui permet d’équilibrer les mesures prises au niveau national avec des réductions réelles et vérifiables à l’extérieur du Canada. La figure 8 souligne les avantages d’une telle stratégie. Elle étudie trois scénarios possibles en vue de permettre que le coût d’ensemble lié à la conformité soit contrôlé : une stratégie uniquement au niveau national, une stratégie qui permet l’échange de 10 % de la cible du gouvernement et une stratégie l’échange de 30 % de la cible du gouvernement. Il est fort probable que des achats internationaux de carbone pourraient s’effectuer à des prix inférieurs aux coûts nationaux du Canada. Par conséquent, nos coûts liés à la conformité pour la même cible chutent, plus que l’on permet l’échange international.
Trois implications immédiates deviennent apparentes. Premièrement, si l’intégrité des cibles de GES doit être maintenue, tout manque à gagner lié aux réductions des émissions nationales devra être comblé en s’organisant pour que les gouvernements ou les émetteurs achètent des réductions à l’échelle internationale. Cela nécessite d’établir des liens avec les mécanismes internationaux dans le cadre de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), ou d’établir des liens directs avec d’autres régimes commerciaux en Europe ou aux É.-U. Par conséquent, le cadre stratégique du Canada sur le carbone doit être conçu en vue de faciliter un tel constat. Deuxièmement, ces réductions doivent être réelles et vérifiables afin de s’assurer qu’il ne s’agit pas seulement que « de l’air chaud »12et que le niveau global des GES dans l’atmosphère est réduit. Troisièmement, les entreprises canadiennes peuvent tirer avantage de leur capacité de vendre des crédits nationaux à des entreprises dans d’autres marchés.
La politique de tarification du carbone de la TRNEE est, en conséquence, conçue dans le but d’établir des liens éventuels avec les systèmes des partenaires commerciaux et de participer aux cadres mondiaux :
Cette observation selon laquelle nos coûts nationaux du carbone augmentent rapidement, alors que la réalisation de nos réductions supplémentaires est limitée, renforce la nécessité d’équilibrer constamment les coûts liés aux réductions d’émissions avec l’atteinte des cibles de réduction des émissions. Puisque le fait de se concentrer sur la lutte antipollution au niveau national ne nous permet pas d’atteindre notre objectif central de réaliser des réductions importantes d’émissions au moindre coût, il faudra chercher des possibilités de réduction réelle à l’échelle internationale.
Le deuxième élément essentiel de notre politique est qu’elle doit envoyer un signal de prix à l’économie qui est certain et crédible maintenant, mais qui est également réceptif et adaptif à long terme. Il doit être certain et crédible pour changer les comportements et favoriser l’investissement au moyen de « règles du jeu » qui sont claires, et être réceptif et adaptif pour les nouvelles circonstances et les nouveaux renseignements économiques et environnementaux. Il importe de trouver une façon de relier ces deux besoins dans l’élaboration de la politique.
Bien que l’adaptabilité et la certitude relatives à la politique soient des éléments essentiels de toute politique de tarification du carbone, il existe des compromis entre les deux critères. Si une politique a clairement été élaborée en vue d’être souple ou modifiable dans l’avenir, l’incertitude relative à la nature future de la politique s’ensuit. D’autre part, tenter de modifier une politique d’avance voudrait dire qu’il a été impossible de s’adapter aux nouveaux renseignements, tels que ceux liés à la science du climat qui évolue ou aux politiques des partenaires commerciaux du Canada. Une politique de tarification du carbone efficace doit comprendre un équilibre entre l’adaptabilité et la certitude – elle doit pouvoir s’adapter au changement et aux circonstances inconnues de l’avenir, mais être suffisamment certaine pour transmettre un signal de prix robuste et à long terme à l’économie dès le début.
Les entreprises et les ménages gèrent régulièrement le risque et l’incertitude lorsqu’il s’agit de prendre des décisions d’investissement. Pourtant, une politique incertaine sur le climat entraîne des risques supplémentaires. Elle augmente le coût en capital et modifie les décisions d’investissement. L’incertitude de la politique incite davantage à reporter des investissements dans les technologies de réduction des émissions en vue d’obtenir des renseignements supplémentaires ou un engagement fondamental plus clair de la part des gouvernements. Il s’agit d’un grand défi puisque de nombreux secteurs de l’industrie, particulièrement la production d’énergie, le pétrole et le gaz et le secteur manufacturier, font face à des pressions considérables à court terme pour investir dans de nouveaux capitaux propres à long terme. Les entreprises et les ménages ont tous les deux tendances à éviter d’investir dans un climat d’incertitude, en particulier s’il est prévu que les signaux de prix et les orientations de la politique changeront brusquement, ou avec le temps.
Une politique efficace est celle qui fait clairement et uniformément état de la nature à long terme de la politique de tarification du carbone. Par conséquent, la certitude de la politique suggère que la politique de tarification sera maintenue et qu’elle est définie avec le temps. En d’autres termes, la certitude de la politique s’assure que le signal de prix n’est pas dilué par l’incertitude en ce qui concerne la permanence ou la longévité de la politique de tarification. Selon notre recherche, une communication claire d’un engagement à long terme du gouvernement relatif à une politique de tarification est essentielle pour l’atteinte des réductions à faible coût qui correspondent aux cibles d’émissions de GES. Si les consommateurs et les entreprises croient que le gouvernement pourrait « reculer » ou adoucir la politique de tarification à la suite de pressions politiques, cela réduit l’efficacité de la politique.
Dans la figure 9, deux scénarios sont présentés. Le premier comporte des investissements faits en toute confiance relativement à la politique de prix pour le carbone et l’autre a trait au manque de confiance. Le manque de confiance va de pair avec le niveau inférieur d’investissement global, ce qui entraîne des réductions d’émissions beaucoup plus faibles. La confiance en la politique de tarification du carbone fait en sorte que les investissements reflètent la valeur future du carbone et, par conséquent, les choix liés à la technologie à long terme prévalent. Cela illustre l’incidence positive de la certitude de la politique de tarification du carbone.
Alors que la certitude de la politique illustre l’importance de l’incertitude du point de vue des entreprises et des ménages, l’adaptabilité de la politique met en lumière l’importance de l’incertitude du point de vue des décideurs. Les sources considérables d’incertitude, dont les suivantes, compliquent l’élaboration de la politique :
En raison de ces sources d’incertitude, les gouvernements doivent composer avec des risques dans le cadre de la mise en œuvre de la politique nationale de tarification du carbone et doit tenir compte de ces questions. Par exemple, si le Canada devait mettre en application une politique de tarification du carbone différente de celle de partenaires commerciaux, cela pourrait créer des préoccupations accrues sur le plan de la compétitivité pour l’industrie canadienne. Si la politique de tarification du carbone était établie de façon trop sévère et que les coûts d’atténuation des émissions étaient plus élevés que prévus, l’économie canadienne pourrait souffrir de perturbations disproportionnées. De façon semblable, si les réductions d’émissions canadiennes à court terme étaient trop faibles, le Canada pourrait être forcé d’augmenter ses réductions de façon importante à l’avenir, ce qui augmenterait les coûts.
Il est possible de réduire ces risques si la politique est conçue pour être adaptable et souple. L’adaptabilité de politique permettrait à une politique de tenir compte des nouveaux renseignements fournis plus tard et de l’aider à demeurer concentrée sur la réalisation de réductions rentables conformes aux cibles. Les principes de la gestion adaptive s’appliquent dans ce cas-ci. Un cadre de gestion adaptive permettrait de surveiller les résultats et de s’adapter aux incertitudes et aux résultats négatifs. L’adaptation à la politique, avec le temps, serait importante en raison de la complexité du système d’énergie et des incertitudes sous-jacentes décrites ci-dessus.
Bien que l’adaptabilité de la politique et la certitude de la politique soient des objectifs importants pour une politique de tarification du carbone, il y a des compromis entre les deux buts. Si une politique a clairement été conçue pour être souple ou modifiable à un certain moment, il est impossible d’éviter l’incertitude. D’autre part, modifier une politique à long terme signifie qu’elle ne peut être ajustée aux nouveaux renseignements. Notre recherche suggère qu’une politique de tarification du carbone devrait plutôt tenter de trouver un équilibre entre la certitude et l’adaptabilité; elle devrait transmettre un signal de prix robuste à l’économie dès le début, mais doit pouvoir s’adapter à l’avenir.
L’atteinte de cet équilibre est un réel problème de régie : elle nécessite la mise sur pied d’institutions et de processus liés à la mise en application et à la gestion de la politique de tarification du carbone avec le temps. Cela est particulièrement vrai pour le Canada en tant que fédération comportant la compétence partagée pour l’environnement, la propriété provinciale des ressources naturelles dans le sol et les ententes de partage des recettes avec les provinces pour l’extraction en mer. Afin d’atteindre nos cibles importantes de réduction d’émissions à long terme, nous avons besoin d’une institution et d’un processus qui peuvent gérer les incertitudes du point de vue des décideurs au moyen d’une approche adaptive et gérer les incertitudes du point de vue des entreprises et des ménages, en réduisant au minimum les risques liés à l’investissement dans les technologies relatives aux émissions faible en carbone et en conservant les signaux de prix constants et abordables. Une autre discussion sur les questions de gouvernance liées à la mise en œuvre d’une politique adaptive de tarification du carbone figure au chapitre 6.
Afin d’atteindre nos deux principaux buts, nous avons traduit ces éléments de conception essentiels en une politique de tarification du carbone traitable composée de « volets de politique13». Ensemble, les volets de politique traitent de chacun des segments des émissions de l’inventaire national du Canada. La politique de tarification du carbone comprend également une stratégie de mise en œuvre en vue de fournir une politique adaptive et une tarification du carbone à long terme certaine. Nous utilisons les volets de politique suivants.
1. Un système de quotas et d’échange national unique. Cela unifiera les prix et les politiques pour le carbone pour toutes les émissions de tous les secteurs et toutes les administrations, selon un plafond national pour l’ensemble des émissions.
2. Les règlements complémentaires et les politiques technologiques. Puisque les échecs du marché empêchent le prix pour le carbone d’atteindre toutes les émissions, des règlements ciblés, tels que les codes du bâtiment, les règlements adéquats, les normes de rendement énergétique des appareils et des véhicules, ainsi que les investissements publics ciblés par des subventions pour le développement et le déploiement technologique, aideraient à s’assurer que tous les secteurs de l’économie contribuent aux réductions d’émissions et que le déploiement de la technologie à faibles émissions de carbone se produit en temps opportun. Cela comprend des règlements pour les émissions restantes difficiles d’accès.
3. Les possibilités de réduction du carbone à l’échelle internationale. Puisque le prix pour le carbone augmente considérablement à partir de 2015 et par la suite, nous devons faire en sorte que le coût des mesures au niveau national uniquement ne soit pas prohibitif. L’accès aux possibilités de réduction du carbone à l’échelle internationale aidera à harmoniser les coûts nationaux du carbone avec ceux de nos principaux partenaires commerciaux et à s’assurer qu’au fur et à mesure que les prix pour le carbone augmentent et que des unités supplémentaires de réductions sont de plus en plus dispendieuses, nous ne dépensons pas une somme disproportionnée pour un nombre inférieur de réductions supplémentaires réelles. Avec le temps, les achats internationaux pourraient représenter 20 % des réductions ciblées en 2020, et moins de 10 % en 2050.
La figure 10 fournit les résultats de la modélisation menée par la TRNEE pour ces trois volets de politique ainsi que la contribution de chacun pour l’ensemble des réductions avec le temps. Ils montrent la façon dont, individuellement et ensemble, ils réduisent les émissions de carbone et atteignent les réductions de GES à moyen et à long terme du gouvernement.
Le chapitre suivant présente les caractéristiques détaillées de la conception de la politique de prix pour le carbone recommandée de la TRNEE, notre « feuille de route », pour que le Canada se concentre sur chacun des volets de la politique, en montrant comment ils fonctionneront. Par la suite, nous examinons nos considérations des résultats attendus et des incidences de la politique proposée sur l’industrie, les ménages et le gouvernement, et la façon dont nous pouvons atténuer les effets néfastes. Par conséquent, nous discutons des éléments importants de la mise en application et de la gouvernance d’une politique de prix pour le carbone qui fournit une certitude à long terme, mais qui peut s’adapter aux circonstances qui changent avec le temps.