
Le changement climatique n’est pas une éventualité, une théorie. Partout au Canada et dans le monde entier, les impacts du changement climatique sont maintenant évidents.
Le Nord canadien est en première ligne en ce qui concerne le défi que représente le changement climatique mondial. Nulle part ailleurs dans notre pays ou sur notre planète les effets précoces du changement climatique ne sont-ils aussi évidents. Nulle part ailleurs au Canada les collectivités et les modes de vie traditionnels ne sont-ils aussi manifestement en danger en raison du changement climatique.
Le changement climatique a un impact sur la sécurité du Canada – nationale, économique, sociale et environnementale. La fonte rapide de la glace marine présente de nouveaux défis et de nouvelles possibilités pour le Nord du Canada. L’accès à nos riches ressources minières devient plus invitant et possible. Les domaines du tourisme et des pêcheries prennent de l’expansion. Les nouvelles routes maritimes pourraient soulever de nouveaux enjeux de souveraineté. Par conséquent, des écosystèmes fragiles et uniques seront assujettis à de nouvelles agressions.
La dernière frontière du Canada est plus qu’une icône ou une image. « D’un océan à l’autre » est plus qu’une devise. Elle nous rappelle, en tant que Canadiens, combien vaste et déconcertante est l’étendue de nos terres et de nos mers. Elle stimule notre imagination et lance un défi à notre endurance. Il existe toutefois un groupe spécial de Canadiens qui vit loin des autres et qui a besoin de notre attention et de notre engagement pour combattre la menace imminente du changement climatique et tirer parti des occasions économiques.
La force qui domine le Nord canadien de nos jours est l’accélération du changement – matériel, biologique, culturel, économique et politique. On songe ici à la réalité matérielle des changements que subiront le pergélisol et la glace marine, au décalage dans la distribution de la faune et de la flore et aux visites maritimes plus fréquentes, et l’exploration pétrolifère et gazière.
Le Nord canadien présente un contexte politique différent de celui de toute autre région du pays. Il fait face à un écart unique entre mythe et réalité; un écart entre la manière dont le Sud perçoit le Nord et la réalité des circonstances nordiques. Dans le Sud, nous aimons parler d’une « épopée des plus brillants exploits », d’une perception romantique des gens du Nord, de la vision d’une parfaite nature sauvage et d’images populaires d’ours polaires et de caribous. Toutefois, la réalité est celle de terres, de mers, de collectivités et de gens qui doivent faire face à de nouvelles et persistantes pressions en matière de croissance économique, de conditions sociales et d’intégrité environnementale.
Au cours des quelques dernières années, on a accordé une toute nouvelle attention, positive et pertinente, au Nord canadien. Le gouvernement fédéral a élaboré une nouvelle stratégie complète axée sur le Nord canadien. Toutefois, aucune stratégie ne peut être complète sans l’adaptation au changement climatique comme plan clé et aucun plan d’adaptation au changement climatique ne peut être complet sans un accent essentiel sur l’infrastructure.
L’infrastructure du Nord relie les collectivités et favorise un sentiment de sécurité comme nulle part ailleurs au Canada. Le changement climatique vient ajouter de nouveaux risques importants. La fonte du pergélisol sape les fondations des bâtiments, du réseau routier, des pipelines et de l’infrastructure de communications. Les violentes tempêtes, les inondations, les blizzards et les régimes changeants de vents et de tempêtes de neige représentent un risque pour les collectivités les plus éloignées et les plus vulnérables.
Le Nord canadien semble beaucoup trop une « réflexion après coup » lorsqu’il s’agit de règles et de processus nationaux influençant les décisions en matière d’infrastructure. Les codes et les normes de construction ne tiennent presque pas compte de ce qu’il faut pour concevoir, construire et entretenir une infrastructure dans le Nord et en tiennent encore moins compte lorsque le Nord doit relever les défis découlant du changement climatique. La protection offerte par l’assurance contre les défaillances ou les catastrophes n’est pas adaptée au profil des risques nordiques. La planification communautaire visant la gestion des catastrophes est inégale et déficiente.
Franc Nord souligne les risques que court l’infrastructure nordique en raison du changement climatique et les possibilités que représente l’adaptation. Elle met l’accent sur l’un des principaux aspects de l’adaptation – s’assurer que l’infrastructure peut résister pendant sa durée de vie malgré le changement climatique. Notre rapport montre clairement de quelle manière nous pouvons utiliser les outils existants de gestion du risque pour réduire la vulnérabilité de l’infrastructure et en venir à une adaptation efficace au changement climatique dans le Nord canadien.
Pour cela, nous devons faire deux choses : premièrement, faire en sorte que l’adaptation au changement climatique devienne plus que jamais une tendance dominante et, deuxièmement, développer la capacité du Nord à s’adapter au changement climatique. Quatre priorités nous permettront d’y parvenir :
1. intégrer les risques climatiques aux politiques, processus et mécanismes gouvernementaux;
2. s’assurer que les intérêts du Nord sont représentés et participent à l’élaboration de solutions d’adaptation au changement climatique;
3. renforcer la capacité et l’information scientifique utilisées dans le Nord pour appuyer les efforts d’adaptation à long terme;
4. améliorer la capacité de la collectivité à gérer le risque climatique que court l’infrastructure nordique et tirer parti des possibilités.
L’adaptation au changement climatique est, dans le fond, une question de sécurité pour les Canadiens. Rendre sûrs les routes qui servent à nos déplacements, les bâtiments dans lesquels nous travaillons et vivons, les pipelines qui acheminent notre énergie et nos richesses – tout cela et davantage – compte tenu du changement climatique imminent n’est pas simplement un défi pour le Nord canadien, mais une obligation pour nous tous.