D'ici 2050 : la transition du Canada vers un avenir à faible taux d'émission -- Conseils sur la réduction à long terme des gaz à effet de serre et des polluants atmosphériques
Quoique toutes les prévisions de croissance économique soient fondamentalement incertaines, le Canada peut néanmoins s'attendre à ce que l'importance de l'économie fasse plus que doubler d'ici 2050. Les projections actuelles en matière de croissance, expliquant les tendances démographiques et les changements en matière d'immigration et de productivité, montrent toutes une prospérité continue pour le Canada jusqu'au milieu du siècle ainsi qu'une croissance économique annuelle moyenne de l'ordre de 1,5 à 2 %.[31] Une question importante consiste à déterminer l'ampleur des réductions de dioxyde de carbone pouvant altérer cette prospérité.
Grâce à une politique sur les changements climatiques qui permet des réductions rentables des émissions par un prix des émissions à large assise et dans un monde où les principaux partenaires commerciaux du Canada s'engagent envers des réductions importantes semblables des émissions de GES, il est raisonnable de conclure que l'économie canadienne continuera de bien se porter puisque l'incidence est relativement limitée sur la croissance économique. Cette assertion avance diverses hypothèses sur le rythme de la croissance économique ainsi que le rythme et l'ampleur des réductions des émissions (p. ex. voies modélisées). L'assertion n'avance toutefois pas si le Canada agit seul et parallèlement à ses principaux partenaires commerciaux.
La figure 9 ci-dessous donne un aperçu de l'ampleur possible de l'incidence sur la croissance économique nationale qui peut être prévue selon les voies alternatives pour une réduction de 65 % sous les niveaux actuels en 2050.[32] Tout en reconnaissant l'incertitude de ces projections à long terme, nous concluons que l'économie continuera de connaître une croissance, quoiqu'à un rythme plus lent, à certaines périodes.
Plus particulièrement, notre modélisation révèle qu'au cours de cette période, environ une à deux années de croissance économique peuvent se « perdre » en raison de la politique sur les changements climatiques qui vise d'importantes réductions des GES. Cela signifie qu'en raison d'une croissance de l'économie annuelle d'environ 2 % d'ici 2050, une à deux de ces années de croissance se perdront au cours de la période de 43 ans. En fait, l'incidence probable sur la croissance économique est sans importance selon nos voies modélisées. La réduction de l'importance de l'économie serait inférieure pour une cible plus basse, par exemple 45 %, et supérieure lors de réductions intérieures plus importantes. Il semble également plausible qu'en raison de l'accès au commerce international et des coûts de réduction des émissions inférieurs aux niveaux nationaux, l'incidence sur la croissance économique soit encore plus réduite.
Tableau 9 :
Comparaison des changements en matière de PIB (produit
intérieur brut) total jusqu'en 2050 (en dollars de 2003)
Départ rapide et lent pour la réduction de 65 %
(des niveaux actuels) en 2050
| PIB en 2011 (billion $) |
PIB en 2011 (billion $) |
« Années de croissance perdues » d’ici 2050 |
|
| MSQ | ~1,441 $ | ~2,968 $ | |
| Départ lent (-65 %) | ~2,934 $ | ~2 | |
| Départ lent (-65 %) | ~2,957 $ | ~1 |
Quoique l'importance éventuelle de l'économie puisse être assez semblable selon les voies alternatives, notre évaluation a révélé que les fluctuations annuelles du PIB ne seront probablement pas uniformes entre 2011 et 2050 ou entre les voies. La majorité des transitions et des bouleversements possibles surviendront vers 2030, l'économie se restabilisant près des niveaux prévus selon sa nouvelle voie à moins forte intensité en GES d'ici 2050. En ce qui a trait au départ rapide, moins de fluctuations transitionnelles surviennent avant 2030, mais elles s'intensifient ensuite. Réciproquement, les fluctuations sont plus prononcées avant 2030 pour un départ rapide, mais elles s'améliorent ensuite au fil du temps. Cela révèle qu'en tenant compte d'une voie de départ rapide, davantage de bouleversements économiques peuvent être prévus à moyen terme en raison d'un niveau d'activité économique global plus élevé en 2050. Ainsi, le rythme choisi des réductions des émissions comportera probablement un compromis entre les répercussions transitionnelles à moyen terme (comme les bouleversements) et la croissance économique à long terme.
Nous reconnaissons les avertissements importants suivants au sujet de ces prévisions de l'incidence du PIB. Le modèle utilisé n'est pas un modèle d'équilibre général et il se concentre généralement sur les principaux secteurs énergivores de l'économie. Implicitement, le modèle présume que les autres activités économiques ne sont pas touchées par les politiques. De plus, le modèle n'illustre pas bien les conséquences d'une politique concernant les GES sur le marché du travail ou le marché financier. Par conséquent, ces estimations du PIB devraient être interprétées comme des répercussions sur l'activité économique qui surviendraient si l'activité des secteurs exclus du SCMI était constante. En réalité, une politique sur les changements climatiques est susceptible d'obtenir une rétroaction sur les activités exclues du SCMI. Enfin, bien que le PIB soit utilisé comme mesure type du changement dans l'activité économique, ce n'est pas une mesure directe du changement en matière de bien-être humain. Finalement, nos conclusions en révèlent peu sur les autres répercussions macroéconomiques importantes telles que le revenu, l'épargne et les échanges en investissement quant aux technologies à bas carbone, à la formation de capital de même qu'aux changements aux prix et à l'emploi.
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