D'ici 2050 : la transition du Canada vers un avenir à faible taux d'émission -- Conseils sur la réduction à long terme des gaz à effet de serre et des polluants atmosphériques
Cibles et voies d'accès
En l'absence d'interventions gouvernementales, on est en droit de s'attendre à d'importantes augmentations des émissions de GES au Canada d'ici 2050, lesquelles sont principalement attribuables à l'exploitation des ressources naturelles et à la croissance économique. En 2020, les niveaux d'émissions de GES pourraient dépasser d'environ 65 % ceux de 1990 et, selon nos projections, ils leur seront plus de deux fois supérieurs d'ici 2050 (tableau 1).
Conformément à la lettre de référence, la TRNEE a examiné la portée des réductions d'émissions de GES à long terme de l'ordre de 45 à 65 %[10] (par rapport aux niveaux actuels) d'ici 2050.[11] L'examen de la portée de ces objectifs indique un compromis entre l'efficacité en termes d'environnement et l'efficience économique. La section suivante explore ces compromis.
Tableau 1 : Comparaison des prévisions en scénario de « maintien du statu quo » pour les émissions canadiennes de GES
(Elles excluent l'utilisation du sol, les déchets, les solvants, les hydrocarbures fluorés et certaines autres émissions attribuables à des sources non énergétiques. Par conséquent, cette comparaison englobe environ 80 % de toutes les émissions de GES.)

Note : Notre prévision est tirée du SCMI. La prévision ICF est tirée de la TRNEE 2006, « Conseils sur une stratégie à long terme sur l'énergie et les changements climatiques », Ottawa, TRNEE. La prévision Informetrica est tirée de Informetrica 2007, « Projection of Total GDP for the Long-term ». La prévision PEC est tirée de la Division de l'analyse et de la modélisation, 2006, « Perspectives énergétiques du Canada : scénario de référence 2006 », Ottawa, Ressources naturelles Canada.
Quatre scénarios de réduction d'émissions de GES énonçant deux cibles distinctes, soit 45 et 65 %, ont fait l'objet d'une évaluation ainsi que deux scénarios différents en matière de prix de GES (« lent » et « rapide »)[12] (tableau 2) ont également été examinés. Le démarrage « lent » cherche une voie d'accès visant l'atteinte de l'objectif de 2050 par la stabilisation des émissions en 2020. Le démarrage « rapide » atteint également l'objectif de 2050, mais vise une réduction des émissions en 2020 de l'ordre de 20 % ou moins par rapport aux niveaux de 2005. Par la suite, des trajectoires de rechange concernant les prix associés aux émissions de GES sont démontrées par la modélisation de ces quatre voies d'accès (tableau 3).
Selon la principale conclusion de la recherche de la TRNEE sur ces voies d'accès de rechange, il est possible de réduire les émissions de GES de 45 à 65 % d'ici 2050 en ayant recours aux systèmes de réduction actuels tels que l'efficacité énergétique, le remplacement de combustible, les énergies renouvelables et la CSC. Cette conclusion est en accord avec de nombreuses études menées récemment, dont une effectuée par la TRNEE.[13]
Tableau 2 : Prévision des émissions de GES pour les scénarios concernant les options de prix et le maintien du statu qu
(Elles excluent l'utilisation du sol, les déchets, les solvants, les hydrocarbures fluorés et certaines autres émissions attribuables à des sources non énergétiques. Par conséquent, cette comparaison englobe environ 80 % de toutes les émissions de GES.)

Il est également important de faire remarquer qu'un référentiel de prix élevé appliqué à l'ensemble de l'économie est nécessaire, peu importe la voie d'accès, si l'on veut atteindre les importantes réductions de GES envisagées pour 2050 (tableau 3). Selon la modélisation, il est nécessaire de fixer les prix des GES entre 190 et 240 $ (en dollars canadiens de 2003) par tonne d'équivalents CO2 (CO2e) afin d'atteindre une réduction de 45 % d'ici 2050 par rapport aux niveaux de 2005, en supposant que le Canada atteigne la cible en n'ayant recours qu'à des initiatives à l'échelle nationale. Ces fourchettes de prix ressemblent aux prix des émissions de GES cités dans d'autres études. Par exemple, la plus récente étude du GIEC (2007) cite une échelle de prix des GES allant de 15 à 130 $US par tonne de CO2e si l'on veut atteindre une réduction d'environ 20 % d'ici 2050 par rapport aux niveaux de 2005 à l'échelle mondiale.[14] Notre recherche constitue une analyse de très fortes réductions canadiennes sans échange international d'émissions, ce qui explique le prix de nos émissions. Cela dit, leur importance est à peu près la même.
Le fait que toutes les prévisions de prix des émissions au-delà de 2025 soient hypothétiques (plus de 200 $ la tonne) constitue un important avertissement. Il va de soi qu'il y a une grande part d'incertitude en ce qui touche le prix des réductions des émissions de GES. Lorsque les prix du carbone sont plus élevés, il devient impossible de prédire avec exactitude comment les marchés réagiront ou si l'innovation s'accélérera par la suite. À eux seuls, ces deux facteurs peuvent avoir un effet important sur le prix des émissions. Dans le même ordre d'idées, le prix des émissions à l'échelle nationale subira l'influence des prix à l'échelle internationale et des conditions du marché. Le tableau 3 représente par des lignes pointillées les prix plus élevés dans un avenir éloigné.
Tableau 3 : Trajectoires des prix associés aux émissions de GES pour chaque scénario de politique

Note : Voir l'annexe 5.5 pour les hypothèses de scénarios clés du SCMI, notamment les prix de l'énergie au départ en ce qui touche le gaz naturel, l'électricité, le charbon, l'essence, le pétrole et les autres produits raffinés du pétrole.
Voies d'accès et échanges
La recherche de la TRNEE démontre que le fait de choisir une voie d'accès dont l'avenir compte de faibles taux d'émissions de GES ne va pas sans échange entre les objectifs environnementaux et les résultats économiques, comme le montrent les tableaux 2 et 3. On y indique clairement la possibilité d'un accroissement du coût économique (exprimé en dollar par tonne de CO2e) lié aux réductions d'émissions les plus fortes (65 %). Après avoir bien examiné ces échanges, la TRNEE en est arrivée à la conclusion que de reporter une initiative de réduction peut faire encourir trois risques précis :
Risque de ne pas atteindre l'objectif
Les scénarios de notre recherche établissent que si l'on veut réduire les émissions de GES de 65 % d'ici 2050 par rapport aux niveaux actuels, il faut absolument avoir réalisé des réductions d'émissions d'au moins 20 % en 2020.[15] En outre, selon la recherche, reporter l'initiative à plus tard risque de rendre impossible l'atteinte de la cible de 2020. Ce risque de « non-atteinte » est présent, car de 2020 à 2025, le taux de rotation des capitaux propres sera élevé. Nous disposons actuellement d'une belle occasion d'infléchissement de l'économie vers des niveaux d'émissions plus faibles étant donné que les décisions liées aux dépenses d'équipement pour l'acquisition de nouvelles technologies à faibles émissions se prennent déjà aujourd'hui. Si nous ne saisissons pas l'occasion qui se présente de déployer des technologies à taux d'émissions plus faibles, l'économie se retrouvera fort probablement engagée dans une voie où les taux de réduction d'émissions à 65 % seront soit extrêmement coûteux soit tout simplement hors de portée. Par conséquent, le prix de l'émission doit être fixé rapidement, être élevé et ne laisser aucun doute. Il s'agit là de conditions de mise en œuvre importantes afin d'influencer les choix en matière de technologie pour le remplacement de l'équipement qui doit s'effectuer d'ici 2025.
Prix plus élevé des émissions
Le tableau 3 montre que dans les cas des cibles de 45 et de 65 %, le démarrage « lent » nécessite que le prix des émissions soit bien plus élevé au cours des dernières années afin de compenser le prix peu élevé des émissions pratiqué au démarrage (ce qui a engendré une augmentation supplémentaire des émissions). À l'inverse, un démarrage « rapide » suppose des prix d'émissions plus élevés à moyen terme (2020), ce qui entraîne des prix d'émissions plus bas à long terme, mais donne lieu à des réductions d'émissions plus importantes à court terme.[16]
Selon la conclusion de la recherche, repousser l'initiative de réduction des émissions aura probablement pour effet de forcer l'augmentation du prix des émissions pour atteindre les objectifs. Étant donné que les futurs prix des émissions attendus auront une influence sur les décisions prises aujourd'hui en matière d'investissement, il va de soi que la politique à long terme constitue un élément clé d'une stratégie de transition réussie. Toutefois, le gouvernement se doit de faire savoir avec clarté et logique qu'un prix d'émission appliqué à toutes les sphères de l'économie sera mis en place et augmentera régulièrement de façon adéquate d'ici 2050 afin de tenir compte de la planification, de l'investissement dans les nouvelles technologies, et de la transition sectorielle et du consommateur.
Taux d'émissions cumulatives plus élevés
Bien que les cibles annuelles à moyen et à long terme soient importantes, il ne faut surtout pas oublier que les émissions cumulatives d'ici 2050 influenceront la quantité de carbone qui flottera dans l'atmosphère au cours du siècle à venir. Le tableau 4 présente une comparaison entre les émissions cumulatives de GES d'ici 2050 dans le cadre du scénario de maintien du statu quo (MSQ), les quatre scénarios de politique et les réductions d'émissions cumulatives.
Dans le cas du scénario de MSQ, les prévisions montrent une quantité d'émissions de GES relâchées dans l'atmosphère de l'ordre de 40 milliards de tonnes (Gt). Les réductions d'émissions comprises dans le scénario de MSQ sont les suivantes : 13 Gt (lent et faible), 16,5 Gt (lent et importante), 17 Gt (rapide et faible) et 20 Gt (rapide et importante). Dans notre scénario le plus dynamique, la réduction des émissions cumulatives atteint environ 50 % pour la période entière, soit d'ici 2050. Le tableau 4 montre également que les scénarios plus dynamiques, dont le démarrage est « rapide », présentent des réductions cumulatives des émissions de GES plus significatives que ceux dont la voie d'accès propose un démarrage tardif. Cela nous amène à conclure que les voies d'accès « rapide » et « lent » ont beau être conçues pour atteindre la même cible annuelle, dans l'ensemble, la quantité de carbone atmosphérique accumulée sera moindre dans le cas d'un démarrage rapide que d'un démarrage lent. Ces « économies » réalisées d'ici 2050 équivalent à environ quatre ou cinq années d'émissions de GES canadiennes dans le cadre d'un scénario de maintien du statu quo ou à environ 3 500 à 4 000 Mt de CO2e.
En choisissant une voie d'accès menant à la réduction d'émissions de GES, il serait bon de tenir compte non seulement de la cible de réduction annuelle, mais également des réductions d'émissions cumulatives potentielles liées à la voie d'accès en question.
Tableau 4 : Émissions et réductions cumulatives dans le scénario de MSQ et les voies d'accès de rechange, de 2006 à 2050
(Elles excluent l'utilisation du sol, les déchets, les solvants, les hydrocarbures fluorés et certaines autres émissions attribuables à des sources non énergétiques. Par conséquent, cette comparaison englobe environ 80 % de toutes les émissions de GES.)
